Femmes en lumière

Alice Guy, pionnière du cinéma : ce que son thème raconte de sa trajectoire

Première réalisatrice de films de fiction, productrice et fondatrice de studio, Alice Guy a contribué à inventer le langage du cinéma avant d’être longtemps effacée de son histoire.

Portrait en noir et blanc d’Alice Guy-Blaché, assise dans un fauteuil, vers 1913.
Alice Guy-Blaché, vers 1913 · Collection Solax · Domaine public

Son nom reste encore méconnu. Pourtant, Alice Guy a participé aux tout débuts du cinéma et compte parmi celles et ceux qui ont compris très tôt que cette invention pouvait devenir bien davantage qu’un procédé permettant d’enregistrer le réel.

Née en 1873, elle entre comme secrétaire auprès de Léon Gaumont en 1894. Les premières images animées montrent alors surtout des scènes de la vie quotidienne, des paysages ou des événements. Alice Guy entrevoit une autre possibilité : utiliser la caméra pour raconter des histoires.

Elle propose de tourner de petites scènes écrites et jouées par des acteurs. La Fée aux choux lui vaut d’être aujourd’hui considérée comme la première réalisatrice de films de fiction de l’histoire du cinéma. Ce premier essai ouvre une carrière exceptionnelle : elle va réaliser, produire, expérimenter, diriger des équipes puis créer aux États-Unis sa propre société de production.

Une trajectoire qui prend rapidement de l’ampleur

Jupiter, à proximité du Milieu du Ciel, associé à la carrière, à la vocation et à la place occupée dans le monde social, constitue sa première dominante. Jupiter porte une dynamique d’expansion, de confiance et de vision à long terme. Il encourage à élargir le cadre, à saisir les possibilités et à donner de l’ampleur à ce que l’on entreprend.

Dans le thème d’Alice Guy, cette énergie est reliée à Mars, associé à l’action, et à Neptune, qui apporte imagination et inspiration. L’ambition ne reste donc pas abstraite : elle trouve à la fois un moteur et une vision.

Sa progression professionnelle est spectaculaire. Léon Gaumont lui confie la direction du service consacré aux productions de fiction. Elle lit les scénarios, recrute les acteurs et les figurants, supervise les décors et les équipes techniques, choisit ses collaborateurs et poursuit son travail de réalisatrice. Entrée comme secrétaire, elle devient réalisatrice, scénariste, directrice artistique puis responsable de production.

Inventer dans un monde où tout reste à construire

Une autre configuration ressort fortement : Mercure et Uranus sont étroitement associés. Mercure concerne la pensée, l’apprentissage et la capacité à relier les informations. Uranus introduit l’originalité, l’indépendance d’esprit et l’intérêt pour ce qui est nouveau. Leur réunion donne une pensée particulièrement sensible aux possibilités encore inexplorées.

Alice Guy arrive dans le cinéma au moment idéal pour cette disposition : son langage n’existe pratiquement pas encore. Elle expérimente le ralentissement, l’accélération, la surimpression, les fondus et différents trucages qui intégreront ensuite le vocabulaire courant du cinéma. Elle travaille pourtant avec des moyens rudimentaires et s’intéresse aussi au Chronophone développé par Gaumont, qui cherche à synchroniser l’image et le son.

Mercure et Uranus sont pris dans une vaste figure de tensions avec Mars, Saturne et Neptune : la pensée, l’innovation, l’action, l’imagination et le sens des contraintes sont obligés de dialoguer en permanence. En astrologie, les tensions ne traduisent pas seulement des difficultés. Elles créent du mouvement en obligeant différentes fonctions à trouver une manière de travailler ensemble. Chez Alice Guy, cette tension semble particulièrement productive.

Une créatrice qui savait bâtir

L’axe des nœuds lunaires va chez elle du Scorpion vers le Taureau. Le Scorpion apporte ténacité, capacité à traverser les crises et puissance de transformation. Le Taureau invite à stabiliser, construire et inscrire les choses dans la durée. Cette direction se situe dans la partie du thème liée au travail et à la contribution au monde.

Pluton est conjoint au Nœud Nord. Dans une lecture karmique, il indique une transformation profonde à accomplir au cours de l’existence. Ici, il renforce l’idée de construction : il ne s’agit pas seulement d’inventer ou de résister, mais de donner une forme concrète et durable à ce qui n’existait pas encore.

Cette dynamique prend toute son ampleur aux États-Unis. En 1910, Alice Guy fonde la Solax Company, qu’elle préside. Elle organise une production considérable, fait construire son propre studio à Fort Lee et constitue une véritable structure autour de ses films.

Saturne rétrograde renforce cette dimension. Il concerne la structure, les responsabilités, la discipline et la capacité à construire dans la durée. Son autorité n’est jamais donnée d’avance : elle se construit par l’expérience. Elle apprend, organise, dirige et finit par devenir elle-même la structure dont dépendent des équipes entières.

Les relations au cœur des grands tournants

Un deuxième pôle très fort apparaît autour du Descendant, la zone des relations, des associations et des partenaires. Vénus et Pluton y sont étroitement réunies, au voisinage immédiat du Nœud Nord. Vénus parle du lien, des valeurs et de la capacité à créer des alliances ; Pluton apporte intensité, transformation et questions de pouvoir.

Léon Gaumont constitue une rencontre décisive. Il lui ouvre l’accès à un univers nouveau et lui accorde progressivement des responsabilités considérables, mais Alice Guy transforme elle-même cette possibilité en carrière. Herbert Blaché représente un autre tournant : leur mariage entraîne son départ de France et ouvre la phase où elle devient productrice indépendante et présidente de sa propre société.

Une tension entre Jupiter et Vénus montre que l’expansion personnelle et professionnelle doit régulièrement trouver son équilibre avec la vie relationnelle. Pour Alice Guy, les relations ouvrent des portes, modifient sa trajectoire et l’obligent aussi à redéfinir sa propre place.

Entre vie privée et ambition

Cette problématique est renforcée par l’interception de l’axe Cancer-Capricorne. Une interception indique une énergie qui demande davantage de travail pour trouver une expression fluide. Cet axe confronte l’intimité, la famille et le besoin de protection d’un côté ; l’ambition, la responsabilité et la construction sociale de l’autre.

En 1907, alors qu’elle occupe une position importante chez Gaumont, elle quitte la France pour suivre son mari aux États-Unis. Après la naissance de sa fille, elle s’éloigne quelque temps de la réalisation avant de reprendre son activité et de créer Solax. Vie conjugale, autonomie professionnelle et indépendance matérielle se trouvent ainsi étroitement liées.

Changer le regard

Une œuvre qui interroge les représentations

La Lune Noire en maison IX, près du Milieu du Ciel, éclaire une forte sensibilité aux normes collectives et la capacité à rendre visibles leurs contradictions. Son audace ne concerne pas seulement les techniques du cinéma, mais aussi la manière dont celui-ci peut montrer le monde.

Un regard qui déplace les évidences

Dans Les Résultats du féminisme, réalisé en 1906, Alice Guy inverse les rôles attribués aux hommes et aux femmes : les hommes prennent en charge les enfants et les tâches domestiques tandis que les femmes fument, discutent et occupent l’espace social avec une liberté alors largement réservée aux hommes.

Sous couvert de comédie, le procédé produit un déplacement très efficace : ce qui semblait naturel apparaît soudain comme une convention. Cette ouverture du regard dépasse les rapports entre les sexes. En 1912, elle réalise A Fool and His Money avec une distribution entièrement afro-américaine, fait exceptionnel dans le cinéma américain de cette période.

Une pionnière progressivement effacée du récit

À partir de la fin des années 1910, le cinéma américain se transforme, la production se concentre et le centre de gravité du secteur se déplace vers Hollywood. Les difficultés financières se mêlent à la crise de son couple. Solax disparaît, Alice Guy réalise son dernier film en 1920 puis rentre en France avec ses enfants.

Une grande partie de ses films est perdue et certains sont attribués à d’autres réalisateurs. Pendant des décennies, son nom reste en retrait tandis que ceux des frères Lumière, de Georges Méliès ou de Louis Feuillade occupent durablement le récit des origines du cinéma.

La reconnaissance revient tardivement. Dans les années 1950, elle reçoit la Légion d’honneur et la Cinémathèque française lui rend hommage. Elle meurt en 1968 alors que l’importance de son œuvre reste encore largement sous-estimée.

Ce que fait apparaître son thème

La dominante jupitérienne donne de l’ampleur et une vision à long terme. Mercure et Uranus apportent une pensée tournée vers l’innovation, mais leur insertion dans une figure tendue avec Mars, Saturne et Neptune montre combien cette inventivité doit composer avec l’action, l’imagination et les contraintes du réel.

L’axe Scorpion-Taureau pousse à transformer la résistance et l’intensité en construction durable, tandis que Saturne renforce l’apprentissage de la responsabilité et de la structure. Vénus et Pluton autour du Descendant font des relations un moteur essentiel de transformation, pendant que l’interception Cancer-Capricorne pose avec force la question de l’équilibre entre vie intime et ambition.

C’est ainsi qu’un portrait astrologique prend forme : non par l’accumulation de caractéristiques, mais lorsque plusieurs éléments du thème reviennent, chacun à leur manière, autour des mêmes enjeux.

Une question traverse presque tout le thème : celle de la place. La place qu’elle ose prendre, celle qu’elle construit elle-même et celle que l’histoire mettra des décennies à lui restituer.